
S’en sortir et comment ?
Quelques témoignages de Cadres et de Dirigeants
En 1975, le psychanalyste Herbert Freudenberger a utilisé le terme de burn-out après avoir travaillé avec des professionnels de la santé mentale pour décrire un syndrome d’épuisement professionnel visant des salariés des secteurs médicaux, paramédicaux ou sociaux.
Il a remarqué que ces personnes avaient un point commun : un engagement fort dans le rapport aux autres.
Le burn-out et son paradoxe
Analyser le burn-out c’est être confronté à un paradoxe : En effet, ce syndrome qui engendre du négatif sur le long-terme a souvent pour origine un facteur positif (promotion professionnelle, reprise d’une carrière, inscription dans une grande école, naissance d’un enfant…).
C’est parce que ces évènements étaient attendus et souhaités que la personne se donne à fond, que la réussite fait pousser des ailes. Elle veut en faire toujours plus, jusqu’à se laisser dépasser voire déborder.
Ce qui faisait le bonheur engendre progressivement un profond déséquilibre qui génère du stress lequel pousse vers un épuisement physique et mental, voire vers une profonde dépression. Il peut être avancé qu’il existe une différence entre dépression et burn-out qui trouve ses origines principalement en lien avec la vie professionnelle alors que la dépression toucherait l’ensemble des sphères de la vie.
Certains chercheurs font d’ailleurs la distinction entre le burn-out résultant d’un épuisement professionnel, et la dépression qui implique plutôt le cercle personnel.
Mais cette dichotomie est-elle vraiment pertinente ?
En effet, la personne est bien une identité à part entière : un Tout.
Par conséquent, l’ensemble des facettes doit être pris en compte pour qu’un éventuel accompagnement prenne sens. A cet égard, la famille peut apparaître comme un lieu ressource ou au contraire, mettre l’accent sur des problématiques plus personnelles sous-jacentes masquées peut être, par un surcroît d’investissement professionnel.
Le burn-out est un épuisement de l’organisme, qui a une incidence sur l’équilibre psychologique. Ses causes et son traitement sont donc spécifiques, et le processus de guérison est différent de celui d’une dépression.
La plupart du temps, les victimes de burn-out bénéficient d’une pleine santé psychique et sont ainsi capables de solliciter leurs forces mentales lors du traitement. Ainsi sont engagés volonté, engagement, discipline, capacité d’apprentissage, bienveillance envers soi-même.
Il est également important d’avoir à l’esprit que la majorité des personnes qui vont faire l’objet d’un burn-out ne le voient pas venir. Certes le corps envoie quelques signaux, mais rares sont ceux qui les perçoivent et adaptent leurs comportements. Ce sont d’ailleurs souvent les proches qui détectent les premiers signes chez la future victime qui persiste dans ce comportement de déni la plupart du temps.
La majorité des définitions existantes s’accordent cependant sur les signes suivants :
- Le burn-out est un processus qui n’arrive pas d’un jour à l’autre
- Il s’agit d’un phénomène émotionnel qui peut toucher aussi bien la sphère psychique que la sphère somatique de l’Homme
- Le burn-out peut provoquer une incapacité totale et définitive de travailler
- Il peut amener la personne concernée au suicide
- Le burn-out induit une souffrance significative pour la personne qui le vit
- Il induit également une souffrance ou, à minima, de graves préoccupations pour son entourage
- Le burn-out représente un coût important pour la société
Dans une publication de 1981, la psychologue américaine C. Maslach et la psychiatre S. Jackson décrivent 3 stades dans le burn-out et démontrent que cette notion d’épuisement tant physique que psychique n’est pas aussi simple qu’il paraît.
A partir de ses travaux nous pouvons donc identifier trois symptômes majeurs qui se dégagent comme signe de cette maladie :
- Une fatigue émotionnelle : sentiment d’être vidé nerveusement, de ressentir une intense fatigue psychologique
- Une baisse subjective d’efficience : avec sentiment d’échec et de déclin des compétences
- Une attitude détachée, négative voire parfois agressive vis-à-vis d’autrui (en particulier vis-à-vis des collègues, des clients, des proches…)
En France, malgré un projet de loi déposé en 2019, le Burn-out n’est pas en tant que tel, reconnu comme maladie professionnelle au titre du code de la Sécurité sociale.
3 Témoignages :
Pascal B, Cadre d’une grosse association (Près de 50 salariés).
« Ces dernières années, des changements sont arrivés dans ma vie (Changement professionnel en accédant à un poste à forte responsabilité, arrivée d’un second enfant, déménagement, divorce…).
J’avais l’habitude alors de vivre ma vie à “200 à l’heure” multipliant les défis, les projets, les activités diverses, refusant les échecs et les approximations.
En janvier 2019, j’ai subi un épisode de Burn-out assez violent. Pour la première fois de ma vie j’ai eu le sentiment de perdre pied, je ne pouvais pas bouger. Je ne pouvais pas me lever. Mon corps s’était déconnecté alors de mon esprit. Sans l’avoir vraiment vu venir ou refusant de l’accepter j’étais confronté directement à la théorie que j’avais apprise au cours de ma vie : le burn-out ou la dépression c’était pour les autres. J’ai mis environ 48h avant d’avoir la force de téléphoner à un médecin qui m’a prescrit un arrêt maladie de 7 jours.
J’ai tenté alors de revenir au travail et je me suis écroulé au bout de quelques heures, avec presque un évanouissement. On m’a conduit aux urgences psychiatriques et j’ai été hospitalisé dans une clinique spécialisée. Après quelques jours de prise en charge j’ai demandé à sortir, persuadé de mes capacités, je voulais y retourner de moi-même comme je l’ai toujours fait. Je n’arrivais pas à me résigner, pour la première fois de ma vie, à ne pas réussir à rebondir. Des épreuves j’en ai connu, j’ai rebondi à de nombreuses reprises. J’ai ma fierté pour moi.
Sept jours après, je refaisais une crise d’angoisse avec de réelles pensées suicidaires, je me suis fait peur, j’ai eu peur de moi. Mon médecin m’a renvoyé en clinique spécialisée et j’ai commencé à comprendre que je ne pourrais pas continuer comme ça. C’était fini, le corps avait dit stop. J’étais épuisé, le repos ne me ressourçait plus, tout était trop pour moi. Après une semaine de suivi la psychiatre a eu ces mots : « Vous ne vous en rendez peut-être pas encore compte mais vous avez accepté le fait d’avoir besoin d’une aide extérieure et nous allons pouvoir commencer à travailler et à vous accompagner ». Je me suis senti libéré, j’ai compris alors que ce temps était pour moi et qu’il allait falloir me reconstruire. Pour la première fois je me suis centré sur moi. Je suis resté hospitalisé deux mois ce qui m’a contraint à me poser, à prendre du recul et à m’interroger sur le sens de la vie, de ma vie, de mes priorités. J’ai rencontré des professionnels formidables qui m’ont accompagné et m’ont fait découvrir des choses qui m’étaient jusqu’alors inconnues (méditation, relaxation, sophrologie…).
En sortant d’hospitalisation, il était hors de question pour moi de ne pas capitaliser sur ce que j’avais découvert et qui m’avais tant apporté. J’ai alors démarré une psychothérapie, je me suis inscrit à un groupe de méditation et pris contact avec des sophrologues installés ».
Philippe S : ex consultant, dirigeant d’une start-up de près de 10 salariés.
« On se croit indestructible alors on avance sans réfléchir, on décroche des supers contrats, on fait des projets intéressants, on travaille comme un forcené, puis on a une idée alors on créé une start-up et on trouve le moyen de travailler encore plus. On fait de la comptabilité, du marketing, du commerce, de la technique, de la gestion de personnel, du coaching, on rédige des contrats, on répond à des appels d’offre, on fait des pitchs, on construit des business plans et puis on s’oublie, on ne prend pas ou peu de vacances, malgré tout on fait un peu de sport, mais on oublie que l’on est fatigué, mais ce n’est pas grave on est indestructible. On masque tous les problèmes à son équipe.
Puis un associé qui plante la boite en dépensant sans compter et les problèmes s’enchaînent. Puis un matin on se met devant son ordi et impossible de faire quoi que ce soit. Bon ben ce n’est pas grave c’était un mauvais jour. Et le lendemain c’est bizarre impossible de travailler et le surlendemain idem. Tu es en burn-out Non impossible cela n’arrive qu’aux autres mais pas à moi. Et pourtant tout ton entourage te l’as dit plusieurs fois mais tu n’y crois pas, tu ne sais pas ce que c’est le burn-out.
Ton cerveau dit stop, tu n’avances plus, tu n’as plus envie de rien, tout devient pénible. Alors tu te décides à aller voir ton médecin qui te prescrit des médocs et là tu dors 11 heures par jour pendant 3 mois.
Tu prends doucement conscience que tu es en burn-out. Ton cerveau est cassé, il faut le réparer alors il te faut voir un psy. C’est compliqué d’admettre que tu es malade et qu’il te faut te soigner. Jamais tu ne pensais aller chez un psy et pourtant c’est nécessaire. Le burn out est une maladie et il faut se soigner, la convalescence est longue et sans une aide la maladie va perdurer et s’installer avec des risques majeurs qui peuvent aller jusqu’au suicide, une séparation, un accident de voiture, etc.
Je me reconstruis, jour après jour… Mais c’est long… ».
Caroline P DRH d’un Grand Groupe.
« 2013 a été une année difficile pour moi, un enfant à élever seule, un divorce récent, la perte d’un ami cher, le décès de mon père après plusieurs mois de lutte contre sa maladie, le décès de ma meilleure amie en quelques semaines, la séparation avec un nouveau compagnon et la fin choisie pour des raisons éthiques d’une longue période professionnelle de plus de 12 ans, où j’avais contribué à la création et l’évolution de la structure.
Je n’avais guère le choix que de remonter en selle et de repartir vers un nouveau poste. J’ai eu la chance de retrouver très vite une situation professionnelle grâce à un partenaire qui m’a tendu la main.
Je me devais d’être à la hauteur de la confiance que l’on me faisait et j’ai continué à travailler en serrant les dents, en me disant que bientôt l’été allait arriver et que je pourrais me reposer.
Je me souviens de ce dernier entretien en face à face de mi-juillet. Il était 16 h 30, je suis sortie de mon rendez-vous et je suis rentrée chez moi. J’étais en vacances pour 15 jours.
Il faisait beau. J’ai fermé les portes et les fenêtres. J’ai éteint mon téléphone portable et j’ai débranché le téléphone fixe.
Je me suis assise. Il faisait noir. Je ne sais combien de temps je suis restée prostrée. Un jour ? Deux ou trois ? Je ne sais plus, j’avais perdu le temps.
Puis on est venu frapper à ma porte. J’ai ouvert et me suis écroulée dans les bras de ma sœur qui s’inquiétait de ses appels sans réponse.
Elle ne m’a pas laissé le choix. Elle m’a emmenée chez elle et j’y suis restée, je pense comme un légume.
Plus de réactions, plus de rires, plus de sourires. Juste un sentiment intense d’incapacité, de « nullité », de non-avenir et des envies de ne plus affronter qui que ce soit, quoi que ce soit.
J’ai compris que je n’y arriverais pas seule. J’avais cette chance d’avoir une sœur dans le milieu médical (en psychiatrie) qui a compris que j’étais en épuisement professionnel, voire de burn-out.
J’ai pris rendez-vous chez un professionnel (psychiatre) pour me faire aider à sortir de cet état dans lequel je ne me reconnaissais pas.
J’ai appris à m’écouter, j’ai pris du temps pour me recentrer sur l’essentiel, sur le sens de ma vie, j’ai accepté de lâcher-prise et de m’accorder l’attention que je ne m’étais plus donnée depuis des années.
Sophrologie, méditation, yoga, réflexion sur ma façon de travailler, comme si ma vie en dépendait.
J’ai reconsidéré l’ensemble de tout cela et j’ai ralenti ma course.
On peut trouver des solutions mais il faut avant tout écouter ses microsignaux que le corps envoie : douleurs dans la nuque, maux de têtes, pensées récurrentes, insomnies à cause du travail, enfermements sur soi, agressivité, pertes de mémoire…
J’ai appris à mener ma vie différemment et je suis attentive dans mon poste à tous les salariés. Ceci m’a ouverte sur des situations que je n’imaginais pas et je fais attention au bien-être au travail : ce n’est pas un mot vide pour moi. ».